Les organisations de transport en commun régionales sont unanimes: les retards répétés dans la présentation des critères d’admissibilité à l’aide financière les bloquent dans leur développement et, parfois, dans leur capacité à offrir un service à la hauteur des besoins.
Les critères d’admissibilité du Programme d’aide au développement du transport collectif (PADTC) 2025-2027 ont été soumis aux transporteurs en novembre, presque un an après le début de la période de couverture.
Les transporteurs estriens déplorent l’impossibilité d’élaborer un budget fiable, quand ils doivent maintenir un service et le développer sans savoir quelle part de l’enveloppe leur sera octroyée.
«Le ministère des Transports est souvent en retard, et nous, on doit planifier et rouler sur des hypothèses.», dit Denis Verreault, directeur général chez Trans-Appel (Val-Saint-François) et Transport collectif des Sources. «On a roulé plus d’un an à perte, et en 2026, on ne sait pas combien on va avoir.» Il s’attend à une baisse significative de son financement, sans vouloir s’avancer sur un chiffre.
Même casse-tête pour Transport de personnes HSF, dans le Haut-Saint-François. La directrice, Isabelle Labrecque, affirme que les coffres sont vides. En plus de subir les retards du PADCT, elle attend depuis l’été l’octroi d’un décret pour l’achat d’autobus.
Chez Acti-Bus, dans la MRC de Coaticook, la directrice Édith Grenier affirme que 2025 n’a pas été de tout repos. «On a fonctionné avec la marge de crédit.»
Jacques Demers, préfet de la MRC de Memphrémagog, affirme que ce type de retard est, en effet, bien connu chez les services de transport collectif. «Chaque fois qu’on change de ministre des Transports, on se fait dire qu’on va régler ça. Mais la confiance envers ces promesses-là est de moins en moins élevée, on se sent abandonnés dans un domaine qu’on devrait aborder collectivement.»
«Notre vrai problème, c’est le partenaire [provincial] dans l’équation qui nous dit un jour qu’il va nous accompagner, et, quand on a fini de faire les dépenses, il n’est plus là. Comment peut-on faire des budgets?»
Des surprises
Après avoir roulé en espérant se conformer aux critères de l’aide financière pendant pratiquement toute l’année, plusieurs transporteurs ont eu une mauvaise surprise. C’est que les critères d’admissibilité au PADTC ont changé pour 2025.
«Là où les fonds ont été coupés, c’est principalement dans le développement», indique Jacques Demers. Dans sa MRC, il apprend après coup que l’impact ne sera pas majeur. «On avait eu des augmentations de coûts très importantes dans les années précédentes, ça avait doublé. Donc, on n’était pas dans une année où on considérait pouvoir se développer.»
Il affirme du même trait que plusieurs autres organismes de transport collectif n’ont pas vécu la situation de la même façon. «C’est le volet de la croissance qui a été coupé. Mais du côté du transport collectif, c’est ce qu’on veut, de la croissance, pour avoir du volume. Il y a des MRC beaucoup plus touchées, et c’est dommage, parce que ce sont les MRC avant-gardistes, là où le besoin est présent.»
Dans la MRC du Granit, tout comme dans Memphrémagog, les impacts du nouveau PADTC devraient être minimes. Or, Transport HSF entrevoit des pertes de 215 000$ sur trois ans, Acti-Bus, environ 150 000$, et Trans-Appel et Transport collectif des Sources, toujours en train d’effectuer des calculs, estiment que la situation penchera du côté de la perte.
«Le calcul de 2025 a été basé sur celui de 2024, afin d’élaborer un budget», dit Jacques Demers, en expliquant que, faute d’informations, les organisations n’avaient pas d’autre choix. «On a appris au mois de novembre, 2025 que l’argent ne serait pas là. Mais il a été dépensé ou investi en pensant qu’il y aurait un retour.»
«Pour que ce soit viable, le programme pour 2025 aurait dû sortir à l’automne 2024», déplore Isabelle Labrecque.
Conséquences
«On n’offre pas un service à hauteur de ce qu’on voudrait offrir», indique Jacques Demers, faute de pouvoir effectuer des prévisions fiables.
Nathalie Blais, chez Acti-Bus ajoute: «On fait des prévisions budgétaires très conservatrices. Ça limite le développement de l’organisme, du transport et l’acquisition de véhicules.»
Isabelle Labrecque, chez Transport HSF, affirme devoir, elle aussi, offrir moins, par peur de ne plus avoir de fonds. «On ne veut pas couper les services, mais il va falloir réaménager des trajets, mettre moins d’autobus sur la route, demander aux gens d’être patients. Les trajets vont s’allonger.»
Les organismes de transport en commun devront déposer leurs demandes de financement d’ici la fin du mois, mais s’attendent à devoir fonctionner à crédit encore un certain temps.
«Quand on nous envoie le programme, on remplit la demande qui est ensuite analysée, et ça peut prendre plusieurs mois avant qu’on reçoive le financement», indique Nathalie Blais.
«Je déplore que le gouvernement nous dise qu’il faut développer le transport collectif, mais il nous coupe les vivres», ajoute-t-elle. «Sans soutien gouvernemental, le transport collectif n’est pas viable. Sinon, les entreprises privées en offriraient. Augmenter les tarifs? Il n’en est pas question.»
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